28.11.2008
Inventer un "shadow cabinet" à la française
Jusqu'à ce jour, la direction du Parti Socialiste est pléthorique : le Bureau national est composé de 54 personnes tandis que le Conseil national réunit 204 membres élus auxquels s’ajoutent 102 premiers secrétaires fédéraux. On dénombre ainsi 60 secrétaires nationaux, auxquels il faut ajouter les secrétaires nationaux adjoints et les délégués nationaux, ainsi que la catégorie hybride des responsables nationaux. Que va-t-il advenir après le Congrès de Reims ?Quand chacun appelle à l’expropriation des éléphants et à la mise en retraite des vestiges du mitterrandisme, il ne serait pas inutile de revoir aussi l’organisation interne du PS, ne serait-ce que pour construire une opposition efficace. La mode étant au benchmarking international, je vous propose de jeter un oeil du côté de l’Australie, du Canada, de l’Irlande, de la Pologne, du Japon et du Royaume-Uni ; en effet, ces six pays ont en commun la constitution d’un shadow cabinet.
Le cabinet fantôme est un gouvernement virtuel formé par le principal parti de l’opposition.
Les membres du cabinet fantôme sont appelés "porte-paroles" ou "critiques" et dédoublent chaque poste ministériel du gouvernement. Par exemple, le porte-parole de l’opposition pour la justice devrait être le symétrique de Rachida Dati et le critique du ministre de l’Immigration serait le doublon négatif de Brice Hortefeux. Ainsi, le rôle principal du cabinet fantôme est de critiquer le gouvernement et d’offrir une alternative, ce qui permet d’avoir un gouvernement préconstitué en cas de victoire électorale.
Cette façon de fonctionner offre également une forme de sécurité aux électeurs : ils peuvent aisément imaginer la forme du "gouvernement de rechange" si le parti d’opposition est élu. Précisons que dans la pratique, il n’est pas rare que les membres du cabinet fantôme ne soient finalement pas tous nommés ministres, ou qu’ils soient nommés à un ministère autre que celui pour lequel ils étaient porte-paroles lorsque le parti prend le pouvoir. Les jeux ne sont donc pas faits cinq ans à l’avance, que les coeurs pusillanimes se rassurent.
Même si la France ne fonctionne pas sous le système de Westminster, s’inspirer d’une construction formelle de l’opposition semble une nécessité vu les impairs de nos pairs socialistes pendant la période électorale de 2007. Ceci permettrait qu’un pôle de leaders identifiés, experts sur un certain nombre de dossiers, mène la barque face au rouleau compresseur de la majorité présidentielle. Afin d’avoir enfin un cap, plutôt que de faire retentir de vaines cornes de brume dans le brouillard des dispersions.
12:44 Publié dans .Agora | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


Commentaires
SHADOW CABINET
Le Parti socialiste français tente d’importer un modèle très en vogue au Royaume-Uni : Martine Aubry devrait annoncer demain la composition d’un « shadow cabinet » (cabinet fantôme), une équipe resserrée destinée à critiquer le gouvernement en place. Séduisant sur le papier, pas forcément audible dans la pratique : « Qui se souvient du “shadow cabinet” formé par vingt-deux députés socialistes en juin 2007 ? », interroge un membre du conseil national. Pas grand monde.
20 MINUTES - 5/12/2008
Ecrit par : Nikix | 05.12.2008
Trois remarques :
~ Ce prétendu "shadow cabinet" formé par JMA en juin 2007 était uniquement composé de députés et n'était donc pas une émanation réelle des talents qui existent (si si !) au PS. La preuve : Martine Aubry n'est pas parlementaire et c'est elle qui dirige la boutique désormais. Si elle avait été battue en interne, ce serait le même constat.
~ Les désignations au sein de ce dispositif visaient plus à promouvoir des proches du patron ou à acheter des amitiés, des alliances et des loyautés qu'à proposer des ripostes thématiques et coordonnées aux actions gouvernementales (cf. la totale absence des socialistes sur de nombreux dossiers).
~ JMA comme leader charismatique de l'opposition ? Comme futur Président de la République ou futur Premier ministre ? Sans commentaire.
Ecrit par : Mazarin 2.0 | 07.12.2008
Ecrire un commentaire