05.07.2008

Ingrid et le reste du monde

d0b999ca945763a049fd16288b93e9ea.jpg Après 6 ans d'une mobilisation constante, Ingrid Bétancourt, otage franco-colombienne des Farc, a recouvré la liberté, ainsi que 13 autres otages. Scènes de messes, scènes de liesses. Le mondre social vibre de bonheur et le monde politique continue ses chamailleries, en témoignent aussi bien l'agitation démentielle provoquée par une phrase aussi réaliste qu'anodine de Ségolène Royal que le sondage abberrant d'OpinionWay sur les 56% d'ahuris.


Pour conclure sur ce débat stupide, soyons clairs : l'appareil politique français a été parfaitement ridicule sur ce dossier. Dénigrant la stratégie d'Alvaro Uribe visant un encerclement des Farc associant pression militaire et dénigrement populaire, Kouchner agitait ses manches en préconisant une stratégie humanitaire, dont on connait les ridicules ratés. A côté de ça, Sarkozy faisait le marchepied pour Hugo Chavez et nous servait le meilleur poisson d'avril politique de la décennie quand, le 1er avril, il lance un appel à la télévision à Manuel Marulanda, le chef historique des Farc, mort depuis quatre jours...

Passons : si l'on ne peut que se réjouir de la libération de 14 otages des Farc, on peut s'interroger sur la maelstrom médiatique consistant à nous raconter par le menu l'emploi du temps d'Ingrid Betancourt. Par ailleurs, les ex-otages américains n'ont pas vraiment eu la même chance : on ignorait leur existence aux USA.

Car si on comprend bien la ficelle marketing du storytelling de la nouvelle vie à reconstruire de l'égérie-victime, il est tout de même surprenant que personne ne s'intéresse à la crise politico-militaire colombienne. Qui peut dire ce qui oppose réellement les rebelles des Farc au gouvernement colombien ? Qui s'attarde sur les défis politiques et économiques sud-américains ?

De plus, malgré l'intérêt que suscite cette libération, ce n'est pas une raison pour occulter le reste de l'actualité. Et les sujets ne manquent pas : la France a pris la Présidence de l'UE, le baril de pétrole atteint les 146 dollars, le patron des juges britanniques accepte la loi islamique, la réforme des 35 h est en discussion au Parlement, le Zimbabwe s'enfonce dans une crise grave, une joute oppose France-Television au gouvernement français, les militaires américains ignorent le pavot afghan, la Corée du Nord fait mine de se dénucléariser, les autorités indonésiennes accentuent la pression sur la Jemaah Islamiyah, l'Italie a commencé à ficher les habitants de ses campements nomades...

01.07.2008

Diplômé, mention AB

2f6ec57f661c8b7c55c053576b5acbad.jpg Aujourd'hui, la Sorbonne m'a décerné un Master de Science Politique, mention AB. J'admets : ça fait plaisir.

Mon mémoire de recherche portait sur la signature en politique et proposait, par ce prisme original, une analyse du travail politique dans le cadre institutionnel. Il est loin d'être un paradigme de perfection, mais avouons que j'en suis satisfait. La suite au prochain numéro.

02.06.2008

Le Livre noir de la Santé

4715f556649f6aaec96e7cb0810a0c36.jpg Classé par l'OMS comme possédant le meilleur système de santé du monde en 2000, la France et son système de sécurité sociale sont aujourd'hui au bord de la ruine, et les choses ne sont pas prêtes de s'arranger : un cadeau de 15 milliards aux riches en juillet 2007, aucun dispositif efficace contre les fraudes médicales, et une automédication généralisée qui cause 11 000 décès chaque année. Les dispositifs solidaires dérapent et les déficits abyssaux de l'assurance maladie augmentent encore. Bref, le tableau est noir, et Le Livre noir de la Santé est là pour nous alerter.

Le plus grand malade ? L'hôpital ! "Faillite, pénurie de médecins, de chirurgiens et d'infirmières, matériel insuffisant ou obsolète, services d'urgence dévoyés, application désastreuse des 35 heures, manque d'hygiène dramatique, erreurs médicales en série..." À lire Gérard Bardy, l'hôpital public est un bateau ingouvernable qui tue plus que la route. Mais le dossier est difficile, car il débouche sur la remise en cause globale du système de santé.

Par exemple, que dire de l'industrie pharmaceutique qui supprime des emplois car elle serait menacée par la mondialisation ? Le secteur de la santé est un secteur en crise. En témoigne les disparités criantes qui apparaissent et une pénurie de médecins rurbains et ruraux qui se dessine : "les banlieues et la campagne font peur aux médecins. De plus, nous payons très cher les erreurs du passé tels le numerus clausus et le mécanisme d'incitation à la cessation d'activité anticipée."

C'est un fait : les médecins sont découragés et les étudiants ont le blues du businessman ; leur principale interrogation en milieu de cursus est de trouver la spécialité qui paye le plus, et peu importe la noblesse du métier. C'est donc une lente mort de la médecine générale qui s'annonce. Et pour les rares coeurs purs qui se destinent à la recherche, on connaît bien le sort qui leur est réservé dans les centres hospitaliers de recherche. Du coup, les doctorats se font outre-Rhin et les post-docs se délocalisent outre-Atlantique. Que penser d'un système de recherche qui laisse fuir ses meilleurs cerveaux à l'étranger, faute d'ambition et de moyens ?

28.05.2008

Des médicaments... polluants !

b9e6c74129f110f51c61020be7797243.gif Il y a quelques années, la question des traces de médicaments dans l’eau est venue rejoindre la préoccupation mondiale sur les risques environnementaux et sanitaires liés aux mélanges de polluants émergents dans notre environnement. Les premières grandes séries d’analyses ont été réalisées dans les rivières et les nappes d’eau souterraines qui alimentent Berlin en eau potable au début des années 2000 : les chercheurs ont mis en évidence des traces de pollutions humaines dans ces eaux et notamment des anti-inflammatoires, des antiépileptiques, des hypolipémiants...


Dans la foulée, le United States Geological Survey a réalisé des analyses dans 139 rivières américaines dont 80% contenaient des résidus de médicaments en vente libre pour le public et 50% des traces d’antibiotiques et d’hormones oestrogènes. Ce n’est pas plus rose en France : en 2004, des chercheurs ont retrouvé des traces d’hormones dans la Seine, certes faibles mais suffisamment concentrées pour perturber le développement sexuel des poissons. Peu d’autres études sont disponibles mais des recherches sont en cours, notamment sur les rejets de stations d’épuration et leurs boues.

Le risque est direct pour les citoyens : en France, 40% des eaux potables sont produites à partir des eaux de surface, qui sont polluées par les rejets issus de nos activités. Et si les usines de production d’eau potable ont déjà été globalement améliorées en France pour produire une eau de très bonne qualité, des financements considérables vont être nécessaires pour rénover les filières d’assainissement si nous ne savons pas réduire ou faire cesser la pollution en amont.

Il est en tout cas urgent de mener des recherches afin d’évaluer très précisément les effets biologiques de tous ces mélanges de polluants (dont les résidus de médicaments) sur l’environnement et les organismes supérieurs.

22.05.2008

Pétrole : de l'histoire et des chiffres

AN 2000

1 baril de pétrole = 60 Dollars
1 Dollar = 1.2 Euros

Donc 1 baril = 60 X 1,2 = 72 Euros
On payait 1.00 Euro / litre

3331e09cecb3d96a43de826192745556.jpg


AN 2008

1 baril de pétrole = 100 Dollars
1 Dollar = 0.65 Euro

Donc 1 baril = 100 X 0,65 = 65 Euros
(Soit une baisse de 9,7 % par rapport à 2000)
On devrait donc payer le litre 1,00 - 9,7 % = 0,9 Euro

Or on paye 1.34 Euro / litre...
...soit + 49 % de plus !!

18.05.2008

Chaises musicales à Moscou

Vladimir Poutine passant du statut de Président à celui de Premier ministre, et vice-versa pour Dmitri Medvedev, il était logique de penser qu'il n'y aurait pas de grands changements à la tête du pays et qu'on allait recycler les potes d'un côté comme de l'autre. Eh bien, on n'est pas déçu !

0f10d82010e1525f9c1839cfcce06219.jpg


Un gouvernement stable

Le nouveau Premier ministre Vladimir Poutine a maintenu les principaux ministres sortants en place et appelé à ses côtés ses hommes clés du Kremlin. Ainsi, Alexeï Koudrine et Sergueï Ivanov conservent leur poste de vice-Premier ministre et le duo de choc composé de Sergueï Lavrov et Anatoli Serdioukov reste en l'état : ils demeurent respectivement ministres des Affaires étrangères, de la Défense et des Finances. Par ailleurs, Iouri Troutnev conserve le ministère des Ressources naturelles et Igor Levitine celui des Transports.

Du côté de changements de portefeuilles, Elvira Nabioullina passe du ministère du Développement économique et du Commerce au ministère de l'Economie (c'est dire si c'est la révolution) et Viktor Khristenko, jusqu'ici ministre de l'Industrie et de l'Energie, devient ministre de l'Industrie et du Commerce (le changement dans la continuité...).

Restent les nouveaux vice-premiers ministres, qui se transforment en garde prétorienne : Viktor Zoubkov, Premier ministre de septembre 2007 à mai 2008, et Igor Chouvalov, proche collaborateur de Vladimir Poutine au Kremlin, deviennent les deux premiers vice-Premiers ministres. Ils seront secondés par le chef de l'administration présidentielle sous Vladimir Poutine, Sergueï Sobianine (qui sera chargé de la direction de l'appareil gouvernemental) et Igor Setchine, le numéro deux de l'administration présidentielle sous Poutine.

Un staff de fidèles au Kremlin

Le nouveau président Dmitri Medvedev a constitué son équipe de proches conseillers en recrutant dans le staff de son prédécesseur puisque sont maintenus en postes : l'économiste Arkadi Dvorkovitch, le conseiller pour la politique étrangère Sergueï Prikhodko, le rédacteur de discours Jakhan Pollieva, la porte-parole Natalia Timokova et le directeur des services du Kremlin, Sergueï Narichkine. Au passage, on recycle l'ancien ministre des Télécommunications Léonide Reiman qui devient conseiller de Medvedev.

Parmi les nouveaux venus, on peut compter l'ancien directeur juridique de Gazprom, Constantin Tchuitchenko. Medvedev a également recrutés trois adjoints pour Narichkine, qui sont tous des affidés de Poutine : le stratège politique Vladislav Sourkov, l'attaché de presse Alexei Gromov et le commissaire politique Alexandre Beglov.

Au fait, saviez-vous que selon la Constitution russe, si le Président vient à mourir, c'est le Premier ministre qui le remplace ? Gageons que Medvedev a une bonne assurance-vie.

08.05.2008

Le bruit du tic-tac

7f8a7095c95e8acbd58a2bffef193ba6.jpg "L’avenir est comme une bombe bénéfique ou maléfique, au mécanisme d’horlogerie profondément enfoui, mais dont le tic-tac résonne dans le présent. Les jeunes générations sont, plus que les autres, celles qui entendent le bruit du tic-tac." (Hannah Arendt)

En 2001, ils ont trente ans et le coeur à gauche. De leur génération, on a trop dit qu’elle était apolitique, nourrie de réalisme et peu préoccupée par les questions idéologiques. Arrivés à l’âge des responsabilités, ils prennent la parole pour affirmer leur engagement. 7 ans plus tard, leur propos est toujours d'actualité.

Alors que de nouvelles têtes apparaissent dans le monde universitaire, économique, culturel ou même administratif, ce livre collectif, écrit par des hauts fonctionnaires, des chercheurs et des militants, aborde les débats qui traversent la société et apporte des propositions novatrices et constructives sur des sujets trop souvent considérés comme secondaires par la classe politique : mondialisation, pari européen, environnement, Internet, PACS et nouvelles familles, clonage et OGM, discriminations, droit à l’éducation...

Avec audace et enthousiasme, les auteurs interpellent ceux qui désespèrent de la politique et ceux qui aspirent à diriger la France de demain. Pour animer, et enfin renouveler, un débat politique mené depuis trop longtemps par les mêmes acteurs...

30.04.2008

Thank you for smoking

c239429ae2c25b3c797dd6a84e310f55.jpg Lobbyiste séduisant et ambitieux, Nick Naylor met son charme, son talent et son sourire au service de la société Big Tobacco pour contrer les ravages de la politique de prévention contre le tabagisme. De conférence de presse en talk-show télévisé, il défend l’indéfendable... mais peine à convaincre son ex-femme qu’il peut être un bon père pour son fils.

Sorti en France le jour de mes 22 ans, Thank You for Smoking fut un beau cadeau d’anniversaire. L’histoire commence in media res : on découvre Nick Naylor sur un plateau de télévision entre le responsable d’un institut sanitaire et un adolescent rendu chauve par la chimiothérapie. En trois coups de cuillère à pot, le brillant tchatcheur ridiculise ses opposants et réussit à faire croire au public que les grands producteurs de cigarettes sont résolus à dissuader les adolescents de fumer. Brillant lobbyiste que ce Nick, donc.

Mais ce dernier a aussi un fils de douze ans que l’on découvre derrière son pupitre d’écolier, paniqué lors de la traditionnelle journée où les parents viennent expliquer à la classe de leur enfant toute la beauté de leur métier. Et lorsque Nick entre dans la classe après avoir croisé un pompier en tenue d’intervention, son fils le supplie : "s'il te plaît, papa, ne gâche pas ma vie..."

Si son exposé du jour sur son job de lobbyiste n’a pas fait fureur, Nick va parvenir à emmener son fils en Californie, où il doit accomplir quelques missions : convaincre un agent de réaliser un clip où deux stars sont en train de fumer et corrompre le cow-boy Marlboro qui se meurt du cancer de ne rien dire sur l’industrie du tabac...

Tiré d’un roman de Christopher Buckley (Salles fumeurs), Thank You for Smoking est le premier long métrage de Jason Reitman, fils d’Ivan Reitman (un incontournable du cinéma comique américain, puisqu’il réalisa entre autres le mondialement célèbre SOS Fantômes). On y retrouve un peu de l’héritage du père avec de nombreux gags visuels bien appuyés que je ne vais pas énumérer ici pour ne pas gâcher votre plaisir. En tout cas, ce premier long métrage est une réussite et je vous encourage à le visionner dès que possible !

24.04.2008

Au secours pardon

1e414f8a60745961cac7d2f493a54e81.jpg J’ai toujours aimé les bouquins de Frédéric Beigbeder, et je les ai tous lus avec un grand plaisir. Sur les questions germanopratines, je me fiche bien de l’opinion des grands parangons de l’élitisme littéraire : il n’y a aucune raison qu’un bouquin soit chiant à lire pour qu’il soit digne d’être lu.


Certes, Au secours pardon n’est pas le meilleur de ses livres. Peut-être même, finalement, le moins bon. Rien de neuf, du pur style Beigbeder : des jeux de mots, des aphorismes, du lyrisme... et la chronique d’une époque. Qu’on ait 25, 35 ou 45 ans, on s’y retrouve.


Le thème du roman est la ville de Moscou, l’histoire est celle d’Octave Parango, le héros de 99 Francs. Sorti de prison, il va partir en Russie pour le compte d’un firme de cosmétiques afin d’y trouver un mannequin pour représenter la marque. Se croyant libre comme la Russie, il va s’apercevoir que la liberté n’existe pas... Dans une cathédrale récemment reconstruite, il confesse ses turpitudes à un pope qui hoche la tête avec compassion ; lequel des deux sauvera l’autre ?

Vous pouvez lire les 5 premiers chapitres en cliquant : ici.

19.04.2008

Des hommes d'Etat

Devenu député de l'Eure en juin dernier, Bruno Le Maire fut conseiller puis directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, de 2005 à 2007. Durant ces années dans l'ombre du pouvoir, il a soigneusement consigné, au jour le jour, ses réflexions et ses remarques sur son travail d'éminence grise et sur sa vie personnelle...

59c71ae7e5bbacbc85323d42442ea4ae.jpg Des hommes d’État est ainsi un va-et-vient entre des observations sur la "jungle des sentiments confus, parfois sincères, parfois troubles" de la vie politique et des tranches de vie très personnelles sur sa vie familiale. Derrière les ors de la République et le prestige du conseiller du prince, on découvre ainsi des remords au sujet de ses enfants qu’il ne voit pas assez et des week-end annulés en dernière minute. Comme si Bruno Le Maire voulait montrer que derrière l'intérêt de la fonction, la vie publique demande de nombreux sacrifices : "le temps perdu loin de ses enfants ne se retrouve pas : ils grandissent, ils oublient, ils se détachent et nous avec, par la force des choses".

La qualité du témoignage tient en grande partie à la qualité du témoin : par sa fonction et par sa proximité avec Dominique de Villepin, Bruno le Maire était un observateur privilégié de la comédie du pouvoir. Ceci étant, il était aussi un acteur privilégié, et s'il est toujours difficile d'être juge de soi-même, il reconnaît ses erreurs et ses fautes, que ce soit à l'occasion d'un discours très maladroit devant la majorité parlementaire ou lors de l’épisode décisif du dossier CPE.

La toile de fond de ce récit est la relation à trois entre Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy : teintées de respect, de haine, d’admiration et de méfiance, elles sont bien loin du portrait caricatural qu'en ont fait les médias. Mais force est de remarquer que la relation entre le Premier ministre et son ministre d'Etat tourne trop souvent à l’avantage des deux hommes, comme pour les ménager. Car on ne sait jamais de quoi l'avenir est fait.

"On rêve au pouvoir de stratégie et de grandeur, et tant mieux, pourtant la pratique se joue dans le détail, l’infiniment petit, le microscope, le mot juste, le tempo exact, la virgule correctement placée et la cravate de la bonne couleur. Quand on sort pour un instant de la politique, on prend en pleine poitrine le vide, le silence, l’air : on respire, tout est grand."

Toutes les notes